Venezia central de F.J. Ossang

Venezia central de F.J. Ossang

Venezia Central
réunit des textes s’échelonnant sur une vingtaine d’années. Chacun d’eux marque le seuil d’une mutation, car telle est bien la fonction de la poésie : forcer un passage que la prose ni aucun récit cinématographique ne saurait former. Retour à la nudité rythmique des mots. Avec le recul du temps, ces textes semblent matérialiser le passage d’épreuves concises après lesquelles une ouverture s’est opérée – rien ne sera plus identique après eux, tant ils procèdent d’une expérience vécue-évanouie… Les amis disparus, la tentation brutaliste du rock’n’roll, la tenture neigeuse du cinématographe et le brouillard des grands récits captifs hantent plus que n’habitent tout Venezia Central. Et l’agitation d’un siècle parti avec eux tous, alors que bruit l’Ange de poèmes silencieux…

Paru le 1er janvier 2015

Éditeur : Le Castor Astral

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Carl Norac

Petit poème pour y aller

Un poème parfois, ce n’est pas grand-chose.
Un insecte sur ta peau dont tu écoutes la musique des pattes.
La sirène d’un bateau suivie par des oiseaux, ou un pli de vagues.
Un arbre un peu tordu qui parle pourtant du soleil.
Ou souviens-toi, ces mots tracés sur un mur de ta rue :
« Sois libre et ne te tais pas ! ».
Un poème parfois, ce n’est pas grand-chose.
Pas une longue chanson, mais assez de musique pour partir
en promenade ou sur une étoile,
à vue de rêve ou de passant.
C’est un aller qui part sans son retour
pour voir de quoi le monde est fait.
C’est le sourire des inconnus
au coin d’une heure, d’une avenue.
Au fond, un poème, c’est souvent ça,
de simples regards, des mouvements de lèvres,
la façon dont tu peux caresser une aile, une peau, une carapace,
dont tu salues encore ce bateau qui ouvre à peine les yeux,
dont tu peux tendre une main ou une banderole,
et aussi la manière dont tu te diras :
« Courage ! Sur le chemin que j’ai choisi, j’y vais, j’y suis ! ».
Un poème, à la fois, ce n’est pas grand-chose
et tout l’univers.

Carl Norac, inédit, pour le 22e Printemps des Poète / Le Courage