Venezia central de F.J. Ossang

Venezia central de F.J. Ossang

Venezia Central
réunit des textes s’échelonnant sur une vingtaine d’années. Chacun d’eux marque le seuil d’une mutation, car telle est bien la fonction de la poésie : forcer un passage que la prose ni aucun récit cinématographique ne saurait former. Retour à la nudité rythmique des mots. Avec le recul du temps, ces textes semblent matérialiser le passage d’épreuves concises après lesquelles une ouverture s’est opérée – rien ne sera plus identique après eux, tant ils procèdent d’une expérience vécue-évanouie… Les amis disparus, la tentation brutaliste du rock’n’roll, la tenture neigeuse du cinématographe et le brouillard des grands récits captifs hantent plus que n’habitent tout Venezia Central. Et l’agitation d’un siècle parti avec eux tous, alors que bruit l’Ange de poèmes silencieux…

Paru le 1er janvier 2015

Éditeur : Le Castor Astral

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Charles Cros

Sonnet

Moi, je vis la vie à côté,
Pleurant alors que c’est la fête.
Les gens disent : « Comme il est bête ! »
En somme, je suis mal côté.

J’allume du feu dans l’été,
Dans l’usine je suis poète ;
Pour les pitres je fais la quête.
Qu’importe ! J’aime la beauté.

Beauté des pays et des femmes,
Beauté des vers, beauté des flammes,
Beauté du bien, beauté du mal.

J’ai trop étudié les choses ;
Le temps marche d’un pas normal ;
Des roses, des roses, des roses !

Charles Cros, « Sonnet », Le Collier de griffes.