Véracités Ponge, Jaccottet, Roubaud, Deguy

Véracités Ponge, Jaccottet, Roubaud, Deguy

Que se passe-t-il entre la prose et les vers lorsque les poètes réactivent leurs différences, prospectent leur altérité réciproque ? Comment, en se scindant, la poésie explore-t-elle ses limites ou étend-elle son champ ?
Que peut nous faire connaître la prose quand elle se retourne sur les vers, qu’elle met en doute ou au contraire découvre leur pouvoir de véracité ?
Comment la vie du poète prend-elle forme dans ces retours en lesquels l’œuvre s’invente en se reprenant ?
Diversement, les œuvres de Ponge, Jaccottet, Roubaud et Deguy répondent à ces questions qu’elles soulèvent. En chacune, l’enjeu est éthique ; chacune prend la mesure d’une vie particulière à l’aune de celles d’autrui et du temps présent.
Elisabeth Cardonne-Arlyck, agrégée de lettres, vit aux États-Unis où elle enseigne la littérature française à Vassar College, à Poughkeepsie, dans l’État de New-York. Elle est l’auteur, en français et en anglais, de plusieurs ouvrages et articles sur la littérature et la poésie du XXe siècle.

Paru le 1er janvier 2010

Éditeur : Belin/ Po&sie

Genre de la parution : Essai

Poème
de l’instant

Lorand Gaspar

Approche de la parole

Le poème n’est pas une réponse à une interrogation de l’homme ou du monde. Il ne fait que creuser, aggraver le questionnement. Le moment le plus exigeant de la poésie est peut-être celui où le mouvement (il faudrait dire la trame énergétique) de la question est tel - par sa radicalité, sa nudité, sa qualité d’irréparable - qu’aucune réponse n’est attendue plutôt, toutes révèlent leur silence. La brèche ouverte par ce geste efface les formulations. Les valeurs séparées, dûment cataloguées, qui créent le va-et-vient entre rives opposées sont, pour un instant de lucidité, prises dans l’élan du fleuve. De cette parole qui renvoie à ce qui la brûle, la bouche perdue à jamais.

Approche de la parole,
Éditions Gallimard, 1978.