Véracités Ponge, Jaccottet, Roubaud, Deguy

Véracités Ponge, Jaccottet, Roubaud, Deguy

Que se passe-t-il entre la prose et les vers lorsque les poètes réactivent leurs différences, prospectent leur altérité réciproque ? Comment, en se scindant, la poésie explore-t-elle ses limites ou étend-elle son champ ?
Que peut nous faire connaître la prose quand elle se retourne sur les vers, qu’elle met en doute ou au contraire découvre leur pouvoir de véracité ?
Comment la vie du poète prend-elle forme dans ces retours en lesquels l’œuvre s’invente en se reprenant ?
Diversement, les œuvres de Ponge, Jaccottet, Roubaud et Deguy répondent à ces questions qu’elles soulèvent. En chacune, l’enjeu est éthique ; chacune prend la mesure d’une vie particulière à l’aune de celles d’autrui et du temps présent.
Elisabeth Cardonne-Arlyck, agrégée de lettres, vit aux États-Unis où elle enseigne la littérature française à Vassar College, à Poughkeepsie, dans l’État de New-York. Elle est l’auteur, en français et en anglais, de plusieurs ouvrages et articles sur la littérature et la poésie du XXe siècle.

Paru le 1er janvier 2010

Éditeur : Belin/ Po&sie

Genre de la parution : Essai

Poème
de l’instant

Charles Cros

Sonnet

Moi, je vis la vie à côté,
Pleurant alors que c’est la fête.
Les gens disent : « Comme il est bête ! »
En somme, je suis mal côté.

J’allume du feu dans l’été,
Dans l’usine je suis poète ;
Pour les pitres je fais la quête.
Qu’importe ! J’aime la beauté.

Beauté des pays et des femmes,
Beauté des vers, beauté des flammes,
Beauté du bien, beauté du mal.

J’ai trop étudié les choses ;
Le temps marche d’un pas normal ;
Des roses, des roses, des roses !

Charles Cros, « Sonnet », Le Collier de griffes.