Vers le haut

Alain Suied

Le poème en avant de nous - toujours se
dresse, oui, vers le haut. Intuition majeure, éclat de
quelques subtile origine, présence incernable ? Peut être
seulement la liberté du sujet, échappant à la
définition, ouverte à l’infini des galaxies comme à
l’infini de l’instant.
Pourquoi sinon le poème parlerait-il à chacun
intensément et secrètement - même dans le silence des
organes, même dans la surprise de l’écoute ?
Matière et voix, travail profond et
surgissement nouveau, rêve et volonté, évènement et
durée.
Le poème en avant de nous -
détaché, désaliéné, inaccessible et possible à la fois.
Toute tentation dogmatique, toute prétention de
maîtrise, toute défaillance de notre part le
libèreraient plus encore - et même de tout rappel, de
toute exigence authentique.
Vers le haut, oui. Comme les bras levés d’une
interrogation, d’un sursaut au-dessus de nos propres
limites, d’un refus de toute fermeture.
Adossé à la Nuit mais veilleur attentif de la
première ou de l’unique lueur, le poème tranquille
amoureux lucide, nous montre la voie de la fidélité à
soi, les ombres du passé menaçantes et
imprévisibles, l’épure de l’Avenir.
Cœur battant de lumière, Déluge de
vérité, transmettant les affres et les bonheurs de
toute condition de vivant, le poème parle à chacun dans
la langue de sa peine, de son exil, de son espérance.

Poème
de l’instant

Valère Novarina

Chronophobie

Ici-bas dans la tourmente, il danse
Écoutez mes aïeux :
Je danse à la gueule de dieu

Traçant une ligne invisible
Entre n’être et naître pas
Entre naître et n’être pas
J’ai vécu vaille que vaille
Tout au fond d’l’univers
Le réel m’a pris en tenaille
Je danse à cœur ouvert

Le jour venu, mon âme d’animal
Si vous la trouvez en moi
Portez-la dans le sein d’Abraham !

Mai 2019, Valère Novarina, extrait de Chronophobie, poème inédit confié au Printemps des Poètes pour la 11e édition du Prix Andrée Chedid du Poème Chanté.