Versailles, Chantiers

Auteur : Christiane Veschambre

<i>Versailles, Chantiers</i>

En résidence à la maison de la poésie de Saint-Quentin-en-Yvelines, Christiane Veschambre est invitée à choisir un lieu de Versailles comme trame de son texte, et réalise d’emblée : à la gare de Versailles-Chantiers, où sont les chantiers ? « Dessous (…) sous les couches déposées pendant trois siècles ». « Ses rails se sont enfuis sur les lignes du temps, enfoncés dans les couches du sol au lieu de s’élancer à sa surface. »
Il se trouve que cette gare est inscrite dans l’histoire de l’auteur : l’on y retrouve ses parents, déjà rencontrés notamment dans Robert & Joséphine, et se déroulent avec eux la guerre de 39‑45 et la guerre d’Algérie. Dans d’autres plis du temps sont les chantiers qui ont donné nom au lieu, chantiers de la construction de la gare elle-même, et auparavant du château.
Christiane Veschambre laisse « affleurer » toutes ces strates en allers-retours instantanés, blocs de prose croisés par le temps présent que sont ce qu’elle appelle ses « traverses » (« le rêve, la mort, la coïncidence et l’oiseau »), elle-même se vivant « comme un hall de gare construit pour ce qui la traverse ».
Juliette Agnel est allée ensuite explorer ces lieux, revivre l’expérience d’écriture de Christiane Veschambre. Des photographies sont prises avec un appareil numérique voire avec un I‑phone, travaillées en focus très précis, presque documentaires, très « actuelles » : vues de la gare, des rames du RER… D’autres saisissent une vitesse comme hors-temps. Une série particulière est prise avec sa camera obscura numérique, dispositif de captation d’images ayant traversé les époques et revisité par la photographe, dont le résultat, ici, est l’apparition d’images comme irradiant d’un point central plus clair, des images-halos semblant en train de naître (ou de disparaître), de venir « du temps » et non de l’espace, comme si elles surgissaient de la mémoire.
Strates photographiques, strates d’écriture, replis du temps, temps croisés…

Paru le 1er novembre 2014

Éditeur : Éditions isabelle sauvage

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Lorand Gaspar

Approche de la parole

Le poème n’est pas une réponse à une interrogation de l’homme ou du monde. Il ne fait que creuser, aggraver le questionnement. Le moment le plus exigeant de la poésie est peut-être celui où le mouvement (il faudrait dire la trame énergétique) de la question est tel - par sa radicalité, sa nudité, sa qualité d’irréparable - qu’aucune réponse n’est attendue plutôt, toutes révèlent leur silence. La brèche ouverte par ce geste efface les formulations. Les valeurs séparées, dûment cataloguées, qui créent le va-et-vient entre rives opposées sont, pour un instant de lucidité, prises dans l’élan du fleuve. De cette parole qui renvoie à ce qui la brûle, la bouche perdue à jamais.

Approche de la parole,
Éditions Gallimard, 1978.