Ville

Maurice Carême

Trams, autos, autobus,
Un palais en jaune pâli,
De beaux souliers vernis,
De grands magasins, tant et plus.

Des cafés et des restaurants
Où s’entassent des gens.
Des casques brillent, blancs :
Des agents, encor des agents.

Passage dangereux. Feu rouge,
Feu orangé, feu vert.
Et brusquement, tout bouge.
On entend haleter les pierres.

Je marche, emporté par la foule,
Vague qui houle,
Revient, repart, écume
Et roule encore, roule.

Nul ne sait ce qu’un autre pense
Dans l’inhumaine indifférence.
On va, on vient, on est muet,
On ne sait plus bien qui l’on est
Dans la ville qui bout, immense soupe au lait.

Sac au dos

©Fondation Maurice Carême

Ecouter ci-dessous l’enregistrement des élèves du collège Rol Tanguy de Champigny sur Marne

Poème
de l’instant

Léopold Sédar Senghor

Femme noire

Femme nue, femme noire
Vêtue de ta couleur qui est vie,
de ta forme qui est beauté !
J’ai grandi à ton ombre ;
la douceur de tes mains bandait mes yeux.
Et voilà qu’au cœur de l’Été et de Midi,
je te découvre, Terre promise,
du haut d’un haut col calciné
Et ta beauté me foudroie en plein cœur,
comme l’éclair d’un aigle.

Léopold Sédar Senghor, 1906-2001, « Femme noire », Chants d’ombre, Éditions Points, 2021.