Villepreux

Cécile Oumhani

Fenêtres peuplées de rêves
Aux façades des maisons claires
Le matin est à mi-course
Et nos histoires se tairont jusqu’au soir
Suspendues dans un miroir
Où s’ouvrent les pages d’un cahier
Épris d’encre et d’envol
Car nos vies sont ailleurs
Et le jour est en crue de lumière
Nous le brodons de perles et d’espoir
Et pensons déjà l’été
À l’étoile des possibles
Dans ces rues aux voitures d’enfant
Dont le ciel de lit est un nuage
Fervent de tourterelles

Cécile Oumhani

Poème
de l’instant

Lorand Gaspar

Approche de la parole

Le poème n’est pas une réponse à une interrogation de l’homme ou du monde. Il ne fait que creuser, aggraver le questionnement. Le moment le plus exigeant de la poésie est peut-être celui où le mouvement (il faudrait dire la trame énergétique) de la question est tel - par sa radicalité, sa nudité, sa qualité d’irréparable - qu’aucune réponse n’est attendue plutôt, toutes révèlent leur silence. La brèche ouverte par ce geste efface les formulations. Les valeurs séparées, dûment cataloguées, qui créent le va-et-vient entre rives opposées sont, pour un instant de lucidité, prises dans l’élan du fleuve. De cette parole qui renvoie à ce qui la brûle, la bouche perdue à jamais.

Approche de la parole,
Éditions Gallimard, 1978.