Visage perdu de Philippe Merlet

Visage perdu de Philippe Merlet

"La peur
dans chaque cellule
attend que se
répètent
les piqûres des mots
pénètrent l’espoir
d’un liquide bleu

dehors les pierres verticales
découvrent leurs dents de jaguar
et le poignet ensanglanté
ne se souvient plus du coq
de bronze

l’eau coule un fleuve
emporte
un chien erre crie
le temps est une pluie d’aiguilles
et quatre feux mis
au corps
sortent d’une carapace camisole
des fourmis rouges de Mysore."

Paru le 1er novembre 2008

Éditeur : Mandalay

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Lorand Gaspar

Approche de la parole

Le poème n’est pas une réponse à une interrogation de l’homme ou du monde. Il ne fait que creuser, aggraver le questionnement. Le moment le plus exigeant de la poésie est peut-être celui où le mouvement (il faudrait dire la trame énergétique) de la question est tel - par sa radicalité, sa nudité, sa qualité d’irréparable - qu’aucune réponse n’est attendue plutôt, toutes révèlent leur silence. La brèche ouverte par ce geste efface les formulations. Les valeurs séparées, dûment cataloguées, qui créent le va-et-vient entre rives opposées sont, pour un instant de lucidité, prises dans l’élan du fleuve. De cette parole qui renvoie à ce qui la brûle, la bouche perdue à jamais.

Approche de la parole,
Éditions Gallimard, 1978.