Visage-roman

Auteur : Patricia Cottron-Daubigné

Visage-roman

Visage roman, un titre étrange pour un recueil de poèmes ! Il m’est apparu, les textes écrits, le livre construit, qu’il s’agissait bien de cela, un roman avec la polysémie attachée à ce mot. Un visage offre tous ses possibles narratifs, tous ses possibles fantasmés, dans ce qu’on appelle le coup de foudre. Il les ouvre à la première rencontre, propose comme dans un roman, l’aventure d’une vie, à partir d’un visage, ce que l’on rêve, et l’histoire qui s’écrit installe dans la durée, sa fragilité, et sa perte.
Mais je suis poète, la poésie est ma langue de vie et d’écriture et c’est elle qui dit au mieux (si l’on réussit) l’intensité, la pointe aiguë de vivre et de souffrir. C’est elle, la poésie, qui donne à l’instant de la rencontre par exemple, sa nécessité absolue sans laquelle il vaudrait mieux passer à autre chose, ou rien.
D’amour il n’est – il ne peut être – question que de cela dans le recueil de Patricia Cottron-Daubigné, qui fait jaillir, par des mots dévorés de chair, une ode singulière, où le visage et le dos d’un homme, synecdoques de l’amour, exhalent une sensualité rare et de couleur rouge, celle de la langue dans la bouche avant que le dos n’occupe tout le paysage.

"J’ai placé mon visage
dans votre voix
depuis je vis dedans
je vis
je ne regarde plus les miroirs.

Je suis entrée dans un visage
il est devenu tous les lieux
et le temps
il est devenu la parole…."

Paru le 1er septembre 2014

Éditeur : L’Amourier

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Charles Cros

Sonnet

Moi, je vis la vie à côté,
Pleurant alors que c’est la fête.
Les gens disent : « Comme il est bête ! »
En somme, je suis mal côté.

J’allume du feu dans l’été,
Dans l’usine je suis poète ;
Pour les pitres je fais la quête.
Qu’importe ! J’aime la beauté.

Beauté des pays et des femmes,
Beauté des vers, beauté des flammes,
Beauté du bien, beauté du mal.

J’ai trop étudié les choses ;
Le temps marche d’un pas normal ;
Des roses, des roses, des roses !

Charles Cros, « Sonnet », Le Collier de griffes.