Visage-roman

Auteur : Patricia Cottron-Daubigné

Visage-roman

Visage roman, un titre étrange pour un recueil de poèmes ! Il m’est apparu, les textes écrits, le livre construit, qu’il s’agissait bien de cela, un roman avec la polysémie attachée à ce mot. Un visage offre tous ses possibles narratifs, tous ses possibles fantasmés, dans ce qu’on appelle le coup de foudre. Il les ouvre à la première rencontre, propose comme dans un roman, l’aventure d’une vie, à partir d’un visage, ce que l’on rêve, et l’histoire qui s’écrit installe dans la durée, sa fragilité, et sa perte.
Mais je suis poète, la poésie est ma langue de vie et d’écriture et c’est elle qui dit au mieux (si l’on réussit) l’intensité, la pointe aiguë de vivre et de souffrir. C’est elle, la poésie, qui donne à l’instant de la rencontre par exemple, sa nécessité absolue sans laquelle il vaudrait mieux passer à autre chose, ou rien.
D’amour il n’est – il ne peut être – question que de cela dans le recueil de Patricia Cottron-Daubigné, qui fait jaillir, par des mots dévorés de chair, une ode singulière, où le visage et le dos d’un homme, synecdoques de l’amour, exhalent une sensualité rare et de couleur rouge, celle de la langue dans la bouche avant que le dos n’occupe tout le paysage.

"J’ai placé mon visage
dans votre voix
depuis je vis dedans
je vis
je ne regarde plus les miroirs.

Je suis entrée dans un visage
il est devenu tous les lieux
et le temps
il est devenu la parole…."

Paru le 1er septembre 2014

Éditeur : L’Amourier

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Lorand Gaspar

Approche de la parole

Le poème n’est pas une réponse à une interrogation de l’homme ou du monde. Il ne fait que creuser, aggraver le questionnement. Le moment le plus exigeant de la poésie est peut-être celui où le mouvement (il faudrait dire la trame énergétique) de la question est tel - par sa radicalité, sa nudité, sa qualité d’irréparable - qu’aucune réponse n’est attendue plutôt, toutes révèlent leur silence. La brèche ouverte par ce geste efface les formulations. Les valeurs séparées, dûment cataloguées, qui créent le va-et-vient entre rives opposées sont, pour un instant de lucidité, prises dans l’élan du fleuve. De cette parole qui renvoie à ce qui la brûle, la bouche perdue à jamais.

Approche de la parole,
Éditions Gallimard, 1978.