Visages

Jean-Pierre Spilmont

Je marche au centre d’un pays
où toute liturgie prend source
au seuil de vos visages.
Un pays de misère et d’effroi
un pays d’aller, un pays d’attendre
un pays d’aimer
où, après tant de nuits difficiles,
jour après jour je désapprends l’oubli.

Je crois ne vous avoir jamais perdus des yeux
je sais vous avoir attendus, parfois,
sans rien espérer d’autre que de poursuivre cette attente
je garde la mémoire d’être aussi monté jusqu’à vous
quand il se faisait tard aux vitres de ma solitude.

Qu’ai-je à vous offrir aujourd’hui ?
rien, peut-être, si ce n’est
l’interminable litanie de mon sang
où ma mémoire s’éclaire
au temps qui va
au temps qu’il fait
au temps qui s’ouvre et se dénoue
dans l’incessant renouvellement
de l’arc de lumière
qui repose un instant
au bord de vos paupières
pour y transfigurer l’instant

Poème
de l’instant

René Guy Cadou

Poésie la vie entière

Mon printemps est dans l’air du large, dans l’écume
Blanche ainsi qu’un enfant qui n’a pas su grandir

René Guy Cadou, Poésie la vie entière, Œuvres poétiques complètes, Éditions Seghers, 1991.