Atterré par l’horreur…

William Cliff

atterré par l’horreur que je voyais
les voitures le modernisme bête
je me mis à marcher car je croyais
trouver plus loin autre chose peut-être
je vis l’eau apaisante m’apparaître
et l’herbe entre les cailloux du vieux port
un homme souriant me dit alors
la complication des bras de la Loire
et m’enfonçant toujours plus loin je sors
enfin de l’horreur qu’on me faisait boire

Poème publié dans l’anthologie Une salve d’avenir. L’espoir, anthologie poétique, parue chez Gallimard en Mars 2004.

Poème
de l’instant

Lorand Gaspar

Approche de la parole

Le poème n’est pas une réponse à une interrogation de l’homme ou du monde. Il ne fait que creuser, aggraver le questionnement. Le moment le plus exigeant de la poésie est peut-être celui où le mouvement (il faudrait dire la trame énergétique) de la question est tel - par sa radicalité, sa nudité, sa qualité d’irréparable - qu’aucune réponse n’est attendue plutôt, toutes révèlent leur silence. La brèche ouverte par ce geste efface les formulations. Les valeurs séparées, dûment cataloguées, qui créent le va-et-vient entre rives opposées sont, pour un instant de lucidité, prises dans l’élan du fleuve. De cette parole qui renvoie à ce qui la brûle, la bouche perdue à jamais.

Approche de la parole,
Éditions Gallimard, 1978.