ça chante à Paris

Jacques Roubaud

Ça chante dans Paris

Ça chante dans Paris les ALOUETTES ça chante EDITH-PIAF, les piafs
Ça chante les AIGRETTES, ça chante le BRUANT
Dans les ACACIAS, les BLUETS, la BONNE-GRAINE, les BOIS, BOSQUET, BROUILLARD
Et les CANETTES dans les BUIS, les CAMELIAS, les CAPUCINES, ça chante, ça chante,

La COLOMBE chante dans la CERISAIE, dans les BELLES-FEUILLES, le FIGUIER
La CORNEILLE chante les FOUGÈRES, les GLYCINES, les HORTENSIAS, les IRIS
Chante le CYGNE dans le JASMIN, les JONQUILLES, LA BRUYÈRE, les LILAS
Dans LA MARE en chantant pataugent les FILLETTES, sous les MARRONNIERS,

La CAILLE chante dans les MERISIERS, les MÛRIERS, les PETITS-CHAMPS,
O les PEUPLIERS où chante Le PIC, et la PLAINE, et le POIRIER, et les PRAIRIES
O le PRÉ, les PRIMEVÈRES, les PRUNIERS, les ROSIERS pleins des chantants ORTOLANS

Dans le RUISSEAU, sur le SENTIER, au SOLEIL, au SOLEIL-D’OR, comme ça chante !
Dans les SYCOMORES, les TILLEULS, les VIGNES, les TULIPES, les VOLUBILIS
Il chante, le PÉLICAN si las de son long voyage

Les OISEAUX, tous les OISEAUX chantent dans les rues de Paris

Poème
de l’instant

Je suis la fille du baobab brûlé

Elle a une main dans la main du désir
Nous ramons en haute mer
Les eaux suffoquées cassées
Masses pendues aux os tendres
Où je meurs dialogue des corps
Le voyage est infini sur les routes de lumière
Le vin des amants est un baiser mortel

Au chant de la bien-aimée
Un soupir rend l’éternité
Mêlant l’anatomie des sens
Notre histoire refuse la chronique des héros
Le sexe humide du poème
Nourrit l’espérance du monde
Nous arriverons ensemble
Nous cheminerons ensemble
Nous partirons ensemble
Au contrepoint de la terre

Ce qui n’est à personne est à moi
J’embrasse le crépuscule d’eau
Je suis debout au flanc des nuages
Je respire l’air frais du soir
Tant qu’il y aura une étoile
Je brillerai avec ma chanson
Et je chanterai à voix de tête

Rodney Saint-Éloi, Je suis la fille du baobab brûlé, « Elle a une main dans la main du désir », Mémoire d’encrier, 2015.