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Mugron

Avers

1er juin 2017

Avers

Depuis un petit quart de siècle, tantôt l’auteur se donne la liberté d’écrire sous contraintes, tantôt il se contraint à écrire sans, soit pour refaire toujours le même livre, soit pour ne jamais en faire deux pareils.
Dans ce volume-ci il relance les dés en n’ayant changé ni d’aire ni de gobelet, ni de main ni de coup de poignet, mais le résultat est différent. Le même ordre cache ou révèle un autre (…)

Rhapsodie curieuse

1er janvier 2017

Rhapsodie curieuse

"Si nous voyions à l’oeil nu nos mots nous fuir, nous verrions nos hontes, nos remords et nos deuils se mêler dans l’air à ceux des autres ; nous verrions se déverser notre soif et tout le jaillissement de notre privation, de notre maladresse, de notre vulnérabilité natives. Cela s’appelle parler."

Poème
de l’instant

Stéphane Crémer

La Terre

Au sortir d’un rêve à Brasilia j’ai empoigné
la terre, déjà si âcre à mes mains
que leurs paumes m’ont paru des papilles
d’où montait un goût avec son parfum.

Quelqu’un est mort bien loin ce matin
et j’ai pensé, en me baissant jusque là
pour l’emporter à mon tour, que je saurais
l’y ensevelir à ma manière en secret.

Ainsi – car n’allons pas priver la poésie
de sa logique : ni car ni ainsi ne sont proscrits
du poème, ni aucuns mots, pourvu qu’ils s’unissent
en pensée par-delà les marges noires du faire-part ! – ,

ainsi je garde près de moi, dans des flacons
comme une épice sur l’étagère de ma cuisine,
ce pigment rouge du Brésil dont je sais qu’un jour,
empesé à l’amidon de mon choix, un beau jour

nous partagerons la délicieuse peinture mitonnée
qui montrera, aussi bien qu’une Joconde enfin
pour de bon éclipsée de son cadre, ce qu’il reste
de cette disparition : un paysage, et son horizon !

Stéphane Crémer, compost, Éditions isabelle sauvage, 2013.