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Les Cabannes

Les mêmes, désolées

1er mai 2014

Les mêmes, désolées

Comme une voix criblée
par les voix du dehors
Elle,
au glissement d’une couleur
elle imite le métal maternel
la noirceur le monde
la noirceur du geste
elle estropie le monde

Sans couvercle d'André Du Bouchet

1er janvier 2014

Sans couvercle d’André Du Bouchet

Un Seul texte
Il n’y a qu’un seul jour où, en dépit de la nuit, on reste incessamment plongé.
Il n’existe qu’une seule phrase, qu’on a pas encore déchiffrée.
Le feu souffle à voix basse.

Poème
de l’instant

Stéphane Crémer

La Terre

Au sortir d’un rêve à Brasilia j’ai empoigné
la terre, déjà si âcre à mes mains
que leurs paumes m’ont paru des papilles
d’où montait un goût avec son parfum.

Quelqu’un est mort bien loin ce matin
et j’ai pensé, en me baissant jusque là
pour l’emporter à mon tour, que je saurais
l’y ensevelir à ma manière en secret.

Ainsi – car n’allons pas priver la poésie
de sa logique : ni car ni ainsi ne sont proscrits
du poème, ni aucuns mots, pourvu qu’ils s’unissent
en pensée par-delà les marges noires du faire-part ! – ,

ainsi je garde près de moi, dans des flacons
comme une épice sur l’étagère de ma cuisine,
ce pigment rouge du Brésil dont je sais qu’un jour,
empesé à l’amidon de mon choix, un beau jour

nous partagerons la délicieuse peinture mitonnée
qui montrera, aussi bien qu’une Joconde enfin
pour de bon éclipsée de son cadre, ce qu’il reste
de cette disparition : un paysage, et son horizon !

Stéphane Crémer, compost, Éditions isabelle sauvage, 2013.