La pluie

William Cliff

la pluie tombait très droite dans la nuit perdue
rectiligne la pluie tombait sur le pavé
la pluie sans arrêt tombait du ciel sur la rue
rendue luisante de cette eau du ciel tombée

la pluie n’arrêtait pas dans la nuit solitaire
la pluie continuait de verser ses eaux droites
dans les rêves gluants de l’homme sur la terre
arrêté sous l’auvent d’une boutique étroite

la pluie très verticale tombait sans arrêt
et l’homme sous l’auvent se tenait comme un lièvre
en regardant longtemps cette pluie qui tombait
sur le pavé luisant de la rue solitaire

soudain il s’encourut dans la pluie moins féroce
par lassitude de rester sous cet abri
il courait dans l’eau qui sur le pavé ricoche
par ennui de rester à l’abri de la pluie

Poème
de l’instant

Carl Norac

Avant de tout dire

Toute la beauté du monde, je ne peux pas te la dire. Mais rien ne m’empêche d’un peu l’approcher avec toi.

Il y a de si grands murs qui cachent les jardins, des dépotoirs au bord des plages, des ghettos dans des îles, tant de blessures aux paysages.

Par bonheur, un peu de splendeur demeure alentour et le dire, même tout bas, par amour, c’est croire encore qu’un jour, nous irons la trouver, toute la beauté du monde.

Carl Norac, « Avant de tout dire », Le livre des beautés minuscules, Éditions Rue du Monde.