La pluie

William Cliff

la pluie tombait très droite dans la nuit perdue
rectiligne la pluie tombait sur le pavé
la pluie sans arrêt tombait du ciel sur la rue
rendue luisante de cette eau du ciel tombée

la pluie n’arrêtait pas dans la nuit solitaire
la pluie continuait de verser ses eaux droites
dans les rêves gluants de l’homme sur la terre
arrêté sous l’auvent d’une boutique étroite

la pluie très verticale tombait sans arrêt
et l’homme sous l’auvent se tenait comme un lièvre
en regardant longtemps cette pluie qui tombait
sur le pavé luisant de la rue solitaire

soudain il s’encourut dans la pluie moins féroce
par lassitude de rester sous cet abri
il courait dans l’eau qui sur le pavé ricoche
par ennui de rester à l’abri de la pluie

Poème
de l’instant

Valère Novarina

Chronophobie

Ici-bas dans la tourmente, il danse
Écoutez mes aïeux :
Je danse à la gueule de dieu

Traçant une ligne invisible
Entre n’être et naître pas
Entre naître et n’être pas
J’ai vécu vaille que vaille
Tout au fond d’l’univers
Le réel m’a pris en tenaille
Je danse à cœur ouvert

Le jour venu, mon âme d’animal
Si vous la trouvez en moi
Portez-la dans le sein d’Abraham !

Mai 2019, Valère Novarina, extrait de Chronophobie, poème inédit confié au Printemps des Poètes pour la 11e édition du Prix Andrée Chedid du Poème Chanté.