poèmes, extraits de Trac

Sophie Braganti

Rien les chemins les sentiers les raccourcis à Nice plus rien de mes lieux d’errenfance n’a survécu à la voracité spéculative immobilière devenus voies privées tous mes escaliers boisés de collines maîtrisés par des barrières ils sont tristes droits dans leurs bottes macadam aux camélias les cheminschiens les sentiergenêts les raccourciseaux ils n’existent que de loin dans un sac à mots

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Mes monstres de nuit quand l’insomnie les réveille ils me font peur cette nuit encore avec des suées sous le drap peur de me lever et d’aller là où vous savez quand on a peur dans le noir à peine fendu par l’orange d’un réverbère j’en ai vu un qui cachait sous un chiffon blanc recouvrant une partie du crâne ce qui était un visage avant d’être une face de chair et de cratères comme au vitriol il me parlait mais je n’entendais rien tandis que mes Pocket Monsters il faut que je les garde sur moi pour les jours où on m’embête et que je les sorte comme des jokers hier encore j’aurais pu tendre mon Pokemon Oursbruni au gendarme qui m’a verbalisée pour rien traitée en délinquante de la route pour rien j’aurais pu dresser Chiendacier Dragondole et dire même pas mal

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Est-ce le temps qui fuit où nous qui fuyons c’est si loin je vivais en dehors du monde j’étais née avec la fin de l’Algérie Française les Rolling Stones les Beatles et 68 j’étais petite je ne voyais n’entendais rien en tournant dans un autre monde j’aimais bien marcher sur la pointe des pieds pour gagner quelques centimètres et entrer dans les grandes conversations qui ne sont pas obligatoirement les conversations des grands mais rien du monde n’y filtrait dans le monde du silence du monde je vivais en traçant des sillons dans la terre avec une brindille en y versant de l’eau je me racontais des rivières mais l’eau disparaissait je ne vivais que pour ça recommencer à faire que l’eau coule à l’infini

Sophie Braganti

Extraits de Trac à paraître aux éditions Gros textes. 2012

Poème
de l’instant

Lorand Gaspar

Le désert vivant

Au cœur du rien tout est floraison. La vie est un tout dans le tout, à prendre ou à laisser. Si je ne veux prendre que ce qui m’arrange, je perds tout.

Lorand Gaspar, Le désert vivant, Éditions Le temps qu’il fait, 2004.