revue Europe : Michel Butor

revue Europe : Michel Butor

Michel Butor (n°943-944, novembre-décembre 2007)

Galaxie en expansion infinie, l’œuvre de Michel Butor n’a cessé de tisser, décennie après décennie, de livre en livre, de voyage en voyage, par cercles de plus en plus amples, une approche scripturale et polyphonique du monde. Impressionnante par son ampleur, par la diversité de ses contenus et de ses formes, par la mise en cause systématique de tous les genres qu’elle aborde, cette œuvre s’offre à nous, en ses réseaux multiples, comme une exploration permanente de l’espace planétaire, de l’espace des savoirs et de l’espace du langage. Il n’est pas jusqu’aux récits de rêves qu’elle n’ait eu le bonheur de prospecter. Le souci d’abolir les cloisonnements s’allie chez Michel Butor à une curiosité ardente, au libre jeu des formes et à une vision amplifiée des choses. Comme l’observait naguère Jean Roudaut, « la littérature doit être le lieu où, en maintenant contre l’isolement la possibilité d’universalité, s’élabore un meilleur état de conscience humaine. Cela concerne donc la collectivité, et tend à la transformation de notre façon de la concevoir. »

ÉTUDES ET TEXTES DE

Raphaël Monticelli, Michel Deguy, Daniel Leuwers, Pierre Lepape,
Anne Claire Gignoux, Pascal Dethurens, Charles Dobzynski,
Alain Freixe, Ménaché, Jesús Camarero, Philippe Renaud, Ludovic Bablon, Bernard Teulon-Nouailles, René de Ceccatty, Lucien Giraudo,
Henri Desoubeaux, Hervé Carn.

Paru le 1er novembre 2007

Éditeur : Europe

Genre de la parution : Revue

Poème
de l’instant

Lorand Gaspar

Approche de la parole

Le poème n’est pas une réponse à une interrogation de l’homme ou du monde. Il ne fait que creuser, aggraver le questionnement. Le moment le plus exigeant de la poésie est peut-être celui où le mouvement (il faudrait dire la trame énergétique) de la question est tel - par sa radicalité, sa nudité, sa qualité d’irréparable - qu’aucune réponse n’est attendue plutôt, toutes révèlent leur silence. La brèche ouverte par ce geste efface les formulations. Les valeurs séparées, dûment cataloguées, qui créent le va-et-vient entre rives opposées sont, pour un instant de lucidité, prises dans l’élan du fleuve. De cette parole qui renvoie à ce qui la brûle, la bouche perdue à jamais.

Approche de la parole,
Éditions Gallimard, 1978.