Sinon franchir, soulever

Antoine Emaz

Sinon franchir, soulever

il y a peu d’espace devant

le ciel bleu calme par-dessus rétrécit
doucement à mesure que le mur boucle
bloque un peu plus de tête
et de réel

lentement attaquer le mortier
devenir lierre forcer faire
passer entre le temps en blocs
un peu de bleu
dans la bouche on peut

extraire l’air du mur
ou s’écraser
le choix est simple

il reste à faire
dans l’asphyxie qui vient

Poème publié dans l’anthologie Une salve d’avenir. L’espoir, anthologie poétique, parue chez Gallimard en Mars 2004.

Poème
de l’instant

Lorand Gaspar

Approche de la parole

Le poème n’est pas une réponse à une interrogation de l’homme ou du monde. Il ne fait que creuser, aggraver le questionnement. Le moment le plus exigeant de la poésie est peut-être celui où le mouvement (il faudrait dire la trame énergétique) de la question est tel - par sa radicalité, sa nudité, sa qualité d’irréparable - qu’aucune réponse n’est attendue plutôt, toutes révèlent leur silence. La brèche ouverte par ce geste efface les formulations. Les valeurs séparées, dûment cataloguées, qui créent le va-et-vient entre rives opposées sont, pour un instant de lucidité, prises dans l’élan du fleuve. De cette parole qui renvoie à ce qui la brûle, la bouche perdue à jamais.

Approche de la parole,
Éditions Gallimard, 1978.