15° vent de nord-ouest

de Huh Su-kyung

15<sup>°</sup> vent de nord-ouest

Traduction de Kim Hyun-ja.

Elle affirmait ne pas écrire de la poésie moderne mais ses poèmes parlent souvent des préoccupations de notre temps. Elle disait ressembler à une cantatrice antique qui désire chanter mais laissait sourdre cette « eau de l’âme » qu’on appelle les larmes. Elle vivait à Münster, en Allemagne, mais restait attachée à son pays natal. Archéologue, elle tutoyait des temps immémoriaux mais savait tirer sa joie de l’éphémère. « Sur la flaque d’eau du temps s’était posée un instant une libellule », écrivait-elle… Si je recours au passé pour parler de Huh Su-kyung, c’est qu’elle nous a quittés alors que nous préparions ce livre. « Une mort trop précoce », comme le dit l’un de ses poèmes, tandis que soixante-cinq autres textes, vifs, singuliers et chantants, lui offrent, et nous offrent, un formidable « droit à la survie sur terre ».

Lilas
Comment faire,
pour vivre jusqu’au bout
passionnément ce printemps ?

Il faudra rire joyeusement, lilas
Face au vent, à toute cette fausse tendresse
qui a soufflé sur le printemps de ma vie
il faudra finir en riant joyeusement

Paru le 2 mai 2019

Éditeur : Editions Bruno Doucey

Poème
de l’instant

Claude Michel Cluny

Odes Profanes

Tout déjà était en toi
même l’âpre saveur des paroles des morts
Avec sur ta bouche close
leur goût d’indicible sel.
Mais empare-toi de l’absence et ose
Va avance aveugle et seul
Toute flèche aime sa cible.
L’enfance le sait qui, libre
(habiter Nulle Part est le plus sûr)
déchire sans innocence
son invisible futur.

Claude Michel Cluny, Odes Profanes, Éditions de la Différence, 1989.