15° vent de nord-ouest

de Huh Su-kyung

15<sup>°</sup> vent de nord-ouest

Traduction de Kim Hyun-ja.

Elle affirmait ne pas écrire de la poésie moderne mais ses poèmes parlent souvent des préoccupations de notre temps. Elle disait ressembler à une cantatrice antique qui désire chanter mais laissait sourdre cette « eau de l’âme » qu’on appelle les larmes. Elle vivait à Münster, en Allemagne, mais restait attachée à son pays natal. Archéologue, elle tutoyait des temps immémoriaux mais savait tirer sa joie de l’éphémère. « Sur la flaque d’eau du temps s’était posée un instant une libellule », écrivait-elle… Si je recours au passé pour parler de Huh Su-kyung, c’est qu’elle nous a quittés alors que nous préparions ce livre. « Une mort trop précoce », comme le dit l’un de ses poèmes, tandis que soixante-cinq autres textes, vifs, singuliers et chantants, lui offrent, et nous offrent, un formidable « droit à la survie sur terre ».

Lilas
Comment faire,
pour vivre jusqu’au bout
passionnément ce printemps ?

Il faudra rire joyeusement, lilas
Face au vent, à toute cette fausse tendresse
qui a soufflé sur le printemps de ma vie
il faudra finir en riant joyeusement

Paru le 2 mai 2019

Éditeur : Editions Bruno Doucey

Poème
de l’instant

Valère Novarina

Chronophobie

Ici-bas dans la tourmente, il danse
Écoutez mes aïeux :
Je danse à la gueule de dieu

Traçant une ligne invisible
Entre n’être et naître pas
Entre naître et n’être pas
J’ai vécu vaille que vaille
Tout au fond d’l’univers
Le réel m’a pris en tenaille
Je danse à cœur ouvert

Le jour venu, mon âme d’animal
Si vous la trouvez en moi
Portez-la dans le sein d’Abraham !

Mai 2019, Valère Novarina, extrait de Chronophobie, poème inédit confié au Printemps des Poètes pour la 11e édition du Prix Andrée Chedid du Poème Chanté.